Protection en cas d’événements naturels extrêmes

Même en cas d’une très rare et extrême catastrophe naturelle, les centrales nucléaires suisses doivent être sûres. La Suisse a donc défini des valeurs limites correspondantes strictes pour les rejets de substances radioactives. Les centrales nucléaires ont déjà prouvé maintes fois qu’elles maîtrisaient même les événements naturels externes graves et les défaillances qu’ils sont susceptibles de provoquer, et que les valeurs limites étaient dans ce cas respectées.

Après l’accident de Fukushima, elles ont ainsi participé au test de résistance européen. Ce faisant, elles ne devaient pas seulement montrer qu’elles maîtrisaient d’hypothétiques séismes graves et des phénomènes météorologiques extrêmes, mais aussi qu’elles disposaient de marges de sécurité suffisantes. Les conditions extrêmes définies dépassaient ici les événements à attendre et qui, dans certains cas, sont même physiquement possibles.

Les résultats du test de résistance ont montré que les centrales nucléaires suisses avaient des marges de sécurité élevées et étaient d’une grande robustesse. La raison en est une conception bien étudiée, mais aussi un rééquipement engagé depuis des années. Le potentiel d’amélioration identifié dans certains domaines a été repris à son compte par l’IFSN et mis en œuvre dans le plan d’action Fukushima.

En 2016, suite au test de résistance de l’UE, les centrales nucléaires suisses ont également pu faire la démonstration demandée par l’IFSN qu’elles étaient bien protégées contre les conditions météorologiques extrêmes, qu’il s’agisse de vagues de chaleur ou d’intempéries graves, d’orages de grêle avec des grêlons de 15 centimètres de diamètre, ou de tempêtes avec des vitesses du vent d’environ 200 kilomètres à l’heure.

Les seuls événements naturels extrêmes qui pourraient entraîner un rejet significatif de substances radioactives sont les très rares tremblements de terre violents. Deux cas concrets sont importants pour la protection de la population et les valeurs limites d’exposition de cette même population:

-     Un tremblement de terre tel qu’il pourrait survenir une fois tous les 1000 ans (millénal). Ce serait un tremblement de terre tel qu’il est connu de sources historiques sûres. À titre de comparaison: le séisme de Bâle, en 1356, pourrait, d’après l’estimation des experts, survenir tous les 2500 à 10 000 ans.

-     Un extrêmement rare tremblement de terre hypothétique, tel qu’il pourrait survenir une fois tous les 10 000 ans (décamillénal). Pendant cette durée – l’holocène, la période chaude en cours depuis l’ère glaciaire – c’est le plus grave événement naturel possible qui pourrait vraisemblablement se produire sur le site de l’installation.

D’après le Service Sismologique Suisse, les infrastructures conventionnelles suisses sont conçues pour résister à des tremblements de terre comme il pourrait s’en produire un tous les 475 ans. Les infrastructures importantes comme les hôpitaux et les ponts sont en partie conçus pour résister à des tremblements de terre dont la fréquence de survenue est de 1 fois en 1000 ans. Cependant, en cas de séisme décamillénal, une grande partie de ces bâtiments s’effondreraient.

Par contre, les centrales nucléaires sont conçues de façon à maîtriser même un tremblement de terre extrêmement grave tel qu’il pourrait en survenir un tous les 10 000 ans. Dès 2012, toutes les centrales nucléaires suisses en ont fait la démonstration à l’IFSN. Elles garantissent donc que la valeur limite autorisée correspondante pour l’exposition de la population (limites de dose) peut être respectée et que personne ne subirait de dommages supplémentaires par rayonnement, même en cas de tremblement de terre extrême.

Si les centrales nucléaires ne peuvent pas faire cette démonstration, cela a pour conséquence leur mise hors service provisoire par l’IFSN. L’exploitation ne peut être reprise que si l’installation est rééquipée en conséquence.

Dans le cadre du PEGASOS Refinement Project (PRP), les exploitants des centrales nucléaires ont revu leur évaluation des risques sismiques. Après l’achèvement (2013) et le contrôle, fin 2015, l’IFSN a édicté de nouvelles directives pour les analyses probabilistes des risques sismiques s’appliquant à tous les sites de centrales nucléaires. Les exploitants des centrales nucléaires actualisent en ce moment sur cette base les démonstrations actuelles de sécurité sismique.

Limites de dose pour l’exposition de membres de la population en cas d’événement externe grave

Les limites de dose sont fixées dans l’ordonnance sur l’énergie nucléaire (art. 8, al. 4) et dans l’ordonnance sur la radioprotection (chap. 8, art. 123 c, d). Une valeur limite de dose s’applique pour une personne qui se trouve à proximité immédiate de la centrale nucléaire lors du passage d’un nuage radioactif, travaille et réside un an à l’endroit où la dose est la plus forte, et couvre l’absorption de nourriture pendant deux jours dans le secteur concerné.

Deux cas isolés qui concernent des phénomènes naturels graves sont définis pour la détermination des limites de dose. Seuls sont envisagés comme tels des tremblements de terre extrêmes qui seraient les seuls événements externes à pouvoir causer le rejet de quantités importantes de substances radioactives dans l’environnement. Dans ce cas, la législation suisse prévoit explicitement que, pour les événements naturels et notamment les tremblements de terre, on ne doit pas prendre en compte un continuum, mais deux événements remplaçants discrets concrètement prédéfinis:

-       Pour un tremblement de terre millénal, la limite de dose appliquée est de 1 millisievert (mSv) maximum par personne et par an.

-       Un tremblement de terre décamillénal est le plus violent qui puisse raisonnablement être imaginé. Dans ce cas, une centrale nucléaire ne peut rejeter plus de radioactivité que ce qui correspondrait à une dose maximum d’irradiation de100 mSv pour la personne fictive la plus exposée.

Important: la probabilité de dépassement pour un événement naturel de ce type n’est pas, d’un point de vue strictement mathématique, identique à la fréquence d’une défaillance. Ainsi, un tremblement de terre décamillénal réel n’entraîne pas impérativement une défaillance grave avec rejet de substances radioactives dans l’environnement ou relâchement de radioactivité.